Ah, Noël... Le salon illuminé comme les Grands Boulevards, le beau sapin qui sent bon la forêt, le choix entre foie gras ou saumon, la pile vertigineuse de paquets cadeaux en équilibre les uns sur les autres, la jungle foisonnante de rubans, les boîtes de chocolats d'un mètre carré et de trois étages, le feu dans la cheminée... Ah, Noël... La famille et tous ces inconnus qui jurent avoir des gènes en commun avec vous, la course aux cadeaux dans des magasins bondés pour l'occasion, le foie gras et le saumon qui passent moins bien que prévu, le petit dernier qui pleure parce qu'il n'a pas eu la moto-cross qu'il avait demandée... Et oui, Noël, c'est devenu une vraie tradition, avec ses codes et ses principes incontournables.
Le planning est établi au minimum depuis la mi-juillet, et tout a été savamment organisé pour que ce Noël soit parfait (on peut bien rêver, non ?). Deux questions primordiales : Chez qui ? Et surtout, avec qui ? Cette année, vous vous y attendiez, c'est sur vous que ça tombe ! Songez, en préparant vos invitations, que la clef pour un réveillon réussi est de ne pas réunir des personnes qui, le restant de l'année, préfèrent s'éviter. Si faire un choix s'avère impossible, affectivement parlant ou parce que vous craignez trop les représailles, arrangez-vous pour qu'elles ne s'aperçoivent pas de leur présence, l'une et l'autre, surtout si vous ne tenez pas à ce que cette belle soirée de décembre tourne en un sombre règlement de compte. Pour vous faciliter la tâche, optez pour une table tout en longueur, que vous pourrez éventuellement agrémenter de rallonges, ou, beaucoup plus subtil, pour une soirée à thème, sans manquer de préciser le caractère strictement obligatoire du costume (sinon, c'est pas du jeu !). Si tout se passe pour le mieux, la tante Josette ne devrait pas se rendre compte que son beau-frère Raymond est en train de boulotter toutes les olives juste sous son nez.
Les invités, c'est fait. Passons au repas...
Avant de commencer à établir votre menu digne d'un restaurant deux macarons au Michelin, il vous faut impérativement mener des investigations auprès de vos convives. Sans toutefois leur dévoiler vos projets culinaires (même si l'on s'en doute), tâchez de savoir qui n'aime pas le poisson ou s'il y a de gros allergiques recensés. Quant à ceux qui mangent pour deux en temps normal, prévoyez pour quatre ! Mieux vaut qu'il y en ait trop, car, dans le cas contraire, vous pouvez être certaine que ce réveillon sera le dernier chez vous. Pendant les fêtes, le foie est surbooké et met tout le reste de l'année à s'en remettre. Ainsi, pour éviter de frustrer les bons vivants, voyez les choses en grand, et veillez à ce que nourriture et boissons soient constamment à portée de main et en quantité plus que suffisante. En ce qui concerne la cuisine à proprement parler, vous devez impérativement maîtriser votre cuisson, et à la minute près, car la dinde fait partie de ces viandes qui ne se mangent pas rosées, et encore moins bleues (vous ne la préparez pas en tartare, que je sache !). Mais ce n'est pas une raison pour hausser brusquement le thermostat : le barbecue à Noël, ça ne fait pas très traditionnel... Evitez de vous lancer dans l'improvisation le jour J, ce n'est absolument pas le moment pour les défis de créativité. Croyez-moi, vous sauverez votre dîner. Enfin, dernier détail, ne sortez surtout pas la bûche glacée au dernier moment, à moins bien sûr que vous ayez une hache sous la main !
Festin assuré. Mais, au fait, je vais mettre quoi au pied du sapin ?
Mais quel sapin ???
Vous étiez tellement absorbée par le reste que vous l'aviez un peu oublié... Passée l'angoisse du "où-comment-aidez-moi !", et après une longue et intense réflexion, vous décidez de laisser tomber votre vieil arbre en plastique que vous recyclez depuis des années pour investir dans un vrai sapin, comme ceux qui poussent dans les forêts. S'annonce alors une épreuve des plus douloureuses, aussi connue sous le nom terrible de "challenge du conifère". Vêtue spécialement pour l'occasion d'un jean que vous pensiez avoir jeté il y a longtemps et d'une magnifique polaire à carreaux, vous vous lancez, telle une bûcheronne aguerrie, à l'assaut du Jardiland du coin. Le vendeur vous assure que celui-là est une affaire, bien qu'il ait un nom imprononçable et qu'il vous paraisse un peu grand. Mais bon, vous vous laissez convaincre par ce jeune homme reniflant, et ramenez votre prise de deux bons mètres à la maison, sans vraiment savoir comment vous avez réussi à le rentrer dans votre Opel Corsa. Une seule certitude : vous pourrez enlever votre sapin-parfum de votre rétroviseur, car le tapis d'épines restées dans votre voiture fera office de pot-pourri pendant les six prochains mois à venir. Arrivée devant chez vous, se pose désormais un autre problème : ressortir la bête ! Vous voyant tirer désespérément votre sapin par son tronc sans aucun résultat notable, votre voisin vient à votre secours avec ses gros bras (et ses gants aussi), de même qu'un passant, ému par votre détresse. Ils le portent jusque dans votre salon, vous demandant comment vous avez pu acheter ce monstre, et vous proposent même de le mettre sur son socle, sans vraiment savoir qu'ils vous sauvent la vie, vous qui n'avez jamais tenu une scie entre vos mains. Après avoir offert à vos deux héros un café bien mérité, sacrifiant au passage un paquet de petits pains d'épices prévus pour le grand soir, vous partez à la recherche des décorations. Comme vous n'avez pas revu ce carton depuis votre déménagement, il doit certainement être dans le cagibi, avec tous ceux que vous n'avez pas encore eu le temps de déballer. En raison des éboulements éventuels, vous aviez même songé à condamner la porte, mais il va falloir vous faire une raison, un sapin de Noël a besoin de ses illuminations. Ainsi, armée d'une lampe torche à la lumière plus qu'hésitante, vous essayez de trouver cette fameuse boîte, sans pouvoir vous souvenir un instant à quoi elle ressemble... Ah ! Si ! Là ! Elle est là, sous la collection de casseroles ! Quand vous l'avez enfin atteinte, au prix d'une heure de déblayage, il ne vous reste plus qu'à traîner ce container jusqu'au salon. Courage, c'est presque fini ! Vous constatez, navrée, que la moitié des boules sont en morceaux, voire carrément désintégrées... Quant à la guirlande électrique, c'est bon, elle fonctionne. Vous êtes maligne : vous avez vérifié avant de passer une demi-heure à tourner autour du sapin pour l'accrocher, sachant aussi qu'il vous faudrait autant de temps pour la démêler, et que, côté casse-tête, les chinois n'ont rien inventé ! Vous n'avez plus qu'à aller chercher l'escabeau (ou peut-être une échelle ?) pour accrocher l'étoile au sommet de l'arbre.
Ouf ! J'ai réussi...
Ce Noël sera parfait, oui, par-fait !
Anne-Charlotte B.
C'est le moment ou jamais d'aller faire un p'tit tour aux Galeries Lafayette, rien que pour voir les vitrines... Des chefs-d'½uvre ! Et, grande nouveauté cette année, on annonce de la neige sur Paris dès le 8 décembre...
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